Interview Numero TOKYO (2015.09)

Interview réalisée pour le magazine de mode Numéro TOKYO en septembre 2015. Elle revient sur son « exil » soudain à Los Angeles en 2013 qu’elle quittera 2 ans plus tard pour revenir au Japon.
Cette traduction a été réalisée grâce à la traduction anglaise de Tenshi no Hane.


Le rideau vient de tomber sur sa tournée nationale l’ Arena tour Cirque de minuit. La scène était un véritable chef-d’oeuvre, fidèle à son thème « circus » . Mais ce qui laisse la plus grande impression c’est la lumière éblouissante qu’elle émet. Je me demande combien de temps et d’expérience faut-il pour briller comme ça ?

Etre amoureuse ou devenir mère, les gens disent souvent que les femmes resplendissent quand elles vivent des « joies de femmes ». Si le bonheur égale la lumière, cela signifie-t-il que le bonheur est d’être sur scène pour toi?

Ayumi Hamasaki Interview magazine Numero TOKYO septembre 2015Oui je pense. Tout d’abord je pense que mon bonheur dans ma vie privée et mon bonheur en tant qu’artiste Ayumi Hamasaki sont deux choses différentes. En tant qu’artiste, je dois constamment faire des choix et aller de l’avant. Je veux protéger mon équipe et je dois veiller sur eux – Une part de moi doit constamment se préparer à devoir être « le modèle absolu ». Le bonheur arrive quand je sens que j’ai accompli ce « rôle » parfaitement. D’un autre côté, le moment où je sens que cette voie est le « pire absolu » me donne envie de me maudire moi-même.
Par contre, dans le vie privée je ne suis pas du genre à foncer. En un sens, je suis une personne différente de celle que je suis au boulot. Mais je pense que c’est la raison pour laquelle ça fonctionne.

A quoi ressembles-tu dans la vie privée?

Par exemple, je parais la plus jeune même quand je suis avec des gens plus jeunes que moi. Comment dire? Quand je ne travaille pas, les gens me taquinent pour faire les choses bien. Ça a toujours été comme ça. Pouvoir être comme ça dans ma vie privée est un bonheur assez confortable.

Je sais (rires) Pendant la séance photo on a tranquillement plaisanté : « Tu ressembles à une adulte! » 

Huhu. Du genre : « Je suis vraiment une adulte nan? » (rire) Peut être que les gens autour de moi deviennent naturellement comme ça parce que je suis complètement détendue et étourdie quand je ne travaille pas.

Que penses-tu du « bonheur en tant que femme » ?

Pour être honnête, je n’ai jamais réfléchi en me catégorisant en tant que femme. J’ai déjà bien assez à faire avec mon travail et ma vie privée.


Mais n’as-tu pas été chercher des réponses en allant vivre à Los Angeles et en essayant de séparer ton travail et ta vie privée ces derniers temps? Était-ce une tentative de voir quels bonheurs différents tu pourrais y trouver?

L’ai-je fait, ne l’ai-je pas fait ? (rire) Maintenant je me demande si je ne me suis pas emballée pour rien. Je ne voulais simplement pas qu’on me dise « je te l’avais bien dit! » et même quand je me suis dit « ça rend le travail encore plus difficile. C’est une erreur » j’ai simplement dit « L.A c’est trop cool! » et j’ai montré un visage qui disait « c’est le meilleur endroit pour moi actuellement » (rire)

hahaha. Tu l’admets hein ? Il y a des moments où on veut faire marche arrière mais où on ne peut pas, n’est ce pas?

La manière dont je fais les choses à l’extrême rend difficile le changement de cap. Comme si « C’est devenu tellement énorme maintenant, mais j’ai dit que je le ferai » – ça arrive souvent, pour être honnête. Je choisis sincèrement : « je suis comme ça maintenant. Je veux faire face de cette manière », j’exécute ces choix et puis je réalise : « hum? Est-ce que j’avais tort? » après coup.

Chacun de nous a des choses qu’il ne connait pas avant de les avoir essayés. Le bonheur prend des formes différentes pour chacun. Et ce qu’il désire changent quand l’environnement change.

Je peux être une personne contrariante. Plus il y a de personnes autour de moi qui me disent que je ne devrais pas faire quelque chose, plus j’ai envie de vérifier si c’est vrai. Et je vais probablement continuer à le faire (rire). La manière dont j’ai toujours fait les choses et dont je veux encore les faire m’ont fait échouer de nombreuses fois, mais je n’ai pas encore perdu mon âme. Si les gens pouvaient réellement m’arrêter, alors ma manière de faire aurait changé il y a bien longtemps (rire).

Toutes tes expériences se transforment en chanson n’est-ce-pas ? Ton album d’avril « A ONE » contient beaucoup de chansons qui rappellent l’ancienne Ayumi -vivons l’instant présent- Hamasaki. En fin de compte, les changements ne se produisent pas si nous ne continuons pas à marcher droit devant. Nous ne arrêtons que lorsque que nous somme satisfaits.

Je suis d’accord. Comment dire ? Je pense qu’être une esclave de la musique passe avant tout le reste dans ma vie actuelle. Je ne peux pas sacrifier ma musique pour mon bien personnel. Mais je peux faire l’inverse.

Quand as-tu commencé à ressentir ça ?Ayumi Hamasaki Interview magazine Numero TOKYO septembre 2015

Je pensais que j’allais arrêter deux ou trois ans après mes débuts. Je ne sais pas quand j’ai commencé à me dire : « je ne peux pas revenir en arrière ».

Mais, bien que tu aies décidé que c’était ta vie, tu as continué à chercher une solution pour faire cohabiter ta vie privée et ton travail en déménageant à L.A, non ?

Pour être honnête, ce serait plus juste de dire « j’ai fui » plutôt que « chercher »

Fuir quoi ? « Ayumi Hamasaki? »

Peut-être. J’ai l’impression que j’essayais de m’échapper du plus gros échec de ma vie. « J’ai fait quelque chose d’horrible ». Je n’arrivais pas à balayer ce sentiment. Et quand j’ai senti que ça allait me hanter toute ma vie, je me suis sentie pathétique. Je ne pouvais pas rester au Japon. Je pensais : « Rien n’a de sens quoi que je chante » quand je faisais de la musique. Je n’arrivais plus à écrire de paroles, j’avais perdu toute confiance en moi. Je me demandais : « pour quoi vivre si je ne peux plus faire de musique? » J’étouffais et j’étais terrorisée. Je pense que fuir tout ça était le point de départ.

Je vois.

J’ai trébuché de nombreuses fois. Je me sentais déprimée mais je me relevais à chaque fois. Mais cette fois, seulement cette fois, je n’arrivais pas à me stabiliser. Je n’ai aucune excuse et je ne peux pas ignorer les choses non plus. Je pense que je voulais juste faire un reset en quelque sorte. Je me disais qu’en quittant le Japon, je pouvais fuir un petit peu la Ayumi Hamasaki qui avait fait tant de choses stupides. Mais finalement, j’ai réalisé que les choses n’étaient pas si simples. J’ai commencé à vivre dans un nouvel endroit, avec un nouveau compagnon et commencé à travailler dans un environnement propice à la création : Los Angeles. Avec cette nouvelle inspiration j’ai continué à faire de la musique. Mais je sentais constamment que quelque chose n’allait pas. J’ai décidé de revenir au Japon pour comprendre pourquoi.

Ayumi Hamasaki Interview magazine Numero TOKYO septembre 2015Tu ne pouvais pas être heureuse si tu n’étais pas l’esclave de ta musique comme quand tu étais au Japon. Tu as réalisé que c’était la chose la plus importante pour toi ?

C’est vrai. Je sens que j’ai réussi à exprimer cette conviction dans la tournée Cirque de minuit de cette année : « Je ne m’enfuirai plus jamais d’ici. Je resterai pour toujours ». A partir du moment où j’ai commencé à créer le Cirque de minuit pendant le COUNTDOWN LIVE de l’année dernière, je m’y suis plongée sans aucune hésitation. Comme si j’avais retrouvé l’ancienne moi. J’arrivais à prendre des décisions rapidement. Je n’avais pas ressenti ça depuis longtemps.

J’ai entendu dire que le thème du Cirque de Minuit était « Personne ne vit sur scène ». Pourquoi as-tu choisi ce thème ?

Même si tu es prisonnier du destin, même si les gens te disent que c’est impossible, même si ils se moquent de toi, je voulais que la scène ait la force de balayer tout ça. C’est pour ça.

Ce un message t’est-il destiné?

Oui. Je pense que ma période passée à L.A m’a purifié au point de pouvoir me sentir comme ça. Je pense que ces jours m’étaient nécessaires. J’aurais probablement commencé à haïr la musique si j’étais restée au Japon. Je me serais laissée tomber moi-même.

Elle déclarait pouvoir séparer sa vie privée de sa vie professionnelle. Elle avait l’air d’apprécier sa vie à Los Angeles. Mais nous avons entendu la vérité derrière ces mots – En connaissant son travail et sa carrière, ça n’était pas difficile de comprendre pourquoi elle ne pouvait dire clairement la vérité.

Quand tu as commencé ta tournée, des rumeurs ont circulé parmi tes fans selon lesquelles tu prendrais ta retraite après, c’est exacte?

Il y en a eu. Cette longue setlist et le choix des chansons leur ont fait penser que j’avais décidé quelque chose, j’imagine.

C’est aussi peut-être parce que tu souriais sereinement, semblant dire : « je n’aurais aucun regret si c’était la fin » après chaque performance.

Les gens qui ont regardé le « Cirque de minuit » sont ceux qui ne m’ont pas laissé de coté quand j’ai fui. Quand je suis revenue au Japon, je me suis dis : « Maintenant, fais tout ce que tu peux. Fais même ce que tu ne peux pas. Ça ne marchera peut être pas, mais essaie quand même! » Ça n’était pas pour survivre dans ce monde, mais parce que je voulais me tenir debout, comme avant, avec les fans qui m’avaient attendu. J’ai dû travailler dur pour y arriver. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais toujours pensé : « je suis désolée ». J’ai aussi décidé de faire ma première tournée fan club depuis 12 ans cet automne, en espérant pouvoir « voir le plus grand nombre d’entre vous s’il vous plaît ».
Je fuyais mais j’ai ouvert les yeux. Je suis de retour aux côtés de mes fans. C’est mon foyer. C’est mon bonheur dans ma vie actuelle. Je n’ai pas jeté mon bonheur privé mais mon bonheur en tant qu’artiste Ayumi Hamasaki pèse définitivement plus lourd dans la balance. C’est la façons dont je vis ma vie en ce moment. Aussi longtemps que mon corps continuera à bouger, aussi longtemps que ma voix durera.

Tu vas sortir ton nouveau mini album sixxxxxx en septembre. Comment a-t-il évolué depuis ton précédent, A ONE, qui était considéré comme un retour à tes racines?

Je pense qu’il est même plus Jpop classique que A ONE et plus proche de A song for xx. C’est parce que quand j’ai calmement relu les paroles, je me suis dit : « je continue à chercher ma place;  je continue à chercher l’amour; et je continue de penser qu’il y a de l’espoir quelque part ».

A ONE avait également un peu de ça n’est ce pas?Ayumi Hamasaki Interview magazine Numero TOKYO septembre 2015

A ONE était plus individuel. Dans sixxxxxx l’implication de « moi » versus « quelqu’un d’autre » est forte, je pense.

En t’examinant toi-même, puis en regardant à l’extérieur à nouveau…ce genre de dynamique?

C’est peut-être ça. Peut-être, tout refaire à nouveau? Je reconstruis tout après avoir expérimenté quelque chose dans son ensemble: avoir envie puis perdre ces choses, expérimenter différents échecs et leçons, sélectionner ce dont j’ai besoin et éliminer ce dont je n’ai pas besoin. Si le bonheur d’un foyer typique est le symbole d’une joie et d’un amour débordant, faire de la musique et me produire sur scène à partir de rien remplissent ce rôle dans mon cas. Comme une mère qui ne pense pas que passer du temps avec son enfant est un sacrifice, je peux sentir le bonheur et la chaleur d’une autre personne à travers la musique. J’ai dit que j’étais une « esclave de la musique », mais j’en suis une parce que je VEUX en être une. Je veux chérir ces choses dans ma vie. C’est honnêtement ce que je ressens.

Elle remplit son rôle et sa vie en tant qu’artiste Ayumi Hamasaki. Cette détermination est la plus grande source de son éclat. La nouvelle étape qu’elle va franchir à partir de maintenant va recouvrir son passé fuyant. Sans doute, de façons brillante.

Interview : Takako Tsuriya